L’imaginaire colonial

L’imaginaire colonial (1)

L’imaginaire colonial est véhiculé par le livre, l’art ( la peinture particulièrement), la chanson, les images provenant des colonies ( cartes postales), les affiches … Les expositions coloniales, organisées en métropole pour « exposer » le monde colonial ( ses richesses, ses habitants, sa diversité ), donnent lieu à des affiches qui témoignent de cet imaginaire colonial.
Affiche de l’Exposition coloniale, Porte de Vincennes, 1931
L’exposition coloniale de 1931 est sans doute la plus importante. L’affiche ci-dessus montre la force de l’Empire (des empires qui sont à l’échelle mondiale comme l’atteste le commentaire « le tour du monde en un jour ») par le biais de ses composantes, représentées de manière extrêmement typée. Au premier plan (dans l’imaginaire français) se trouve la figure de l’asiatique, ou, de l’annamite (originaire de la provinee d’Annam, en Indochine).
Les femmes sont une figure majeure de l’imaginaire colonial et plus généralement, de l’attrait pour l’exotisme. Des visions stylisées en sont proposées par les différentes affiches, beaucoup plus édulcorées que celles que l’on trouve dans la peinture ou la littérature. Ici, la femme – protégée par le drapeau français –  est nourricière et gardienne des traditions.
Exposition coloniale, agricole et industrielle de Strasbourg, 1924
Exposition coloniale de Marseille 1922
Mais la réalité des relations entretenues ( ou envisagées ) avec les femmes des colonies est plus prosaïque. C’est la femme asiatique qui cristallise toutes les attentes et tous les fantasmes. En témoigne cette carte postale adressée par un français installé en Indochine, annotée de sa main à destination de son destinataire :  » Mon cher … Laquelle préfères-tu? Moi je prends l’autre ».
Carte postale, 1906 (reproduite dans l’article cité)
Dans les faits, les Français installés en Indochine sont le plus souvent célibataires et la relation avec la « congaï »(le terme signifie « fille » en vietnamien et est utilisé par les Français pour femme, maîtresse, compagne ) n’est pas interdite. La prostitution est même strictement organisée par les autorités coloniales : prendre un territoire, c’est aussi en dominer les femmes.
La beauté des indochinoises a fait rêver plusieurs générations de Français (la conquête du Vietnam du sud commence en 1858). Romans et chansons en témoignent. On peut citer pour exemple de cette littérature consacrée aux « amours coloniales » le roman de Jean Marquet (1927), intitulé La Jaune et le Blanc. Le roman véhicule le cliché d’une population féminine à la sexualité débridée – ceci étant évidement lié ( comme chacun sait ) à la « race » ou au climat torride. Dans le domaine de la chanson – qui a une importance essentielle à l’époque -, la plus connue est sans doute : la petite Tonkinoise, créée en 1906. Elle a été reprise par de nombreux chanteurs, dont Josephine Baker, qui met sa renommée à son service en 1930.

Voir ci dessous les paroles de la chanson, ainsi que l’une des premières versions.

Pour qu’j’finisse
Mon service
Au Tonkin je suis parti
Ah! Quel beau pays mesdames
C’est l’paradis des p’tites femmes
Ell’s sont belles
Et fidèles
Et j’sui dev’nu l’chéri
D’un’ p’tit’ femm’ du pays
Qui s’appell’ Mélaoli
Refrain:
Je suis gobé d’un’ petite
C’est une Anna, c’est une Anna, une Annamite
Elle est vive elle est charmante
C’est comm’ un z’oiseau qui chante
J’l’appell’ ma p’tit bourgeoise
Ma Tonkiki, ma Tonkiki, ma Tonkinoise
Y’en a d’autr’s qui m’font les doux yeux
Mais c’est ell’ que j’aim’ le mieux.
L’soir on cause
Des tas d’choses
Avant de se mettre au pieu
J’apprends la géographie
D’la Chine et d’la Manchourie
Les frontières
Les rivières
Le fleuv Jaun’ et le fleuv’ Bleu
Y’a mêm’ l’Amour, c’est curieux
Qu’arros’ l’Empir’ du Milieu
Très gentille
C’est la fille
D’un mandarin très fameux
C’est pour ça qu’sur sa poitrine
Elle a deux p’tites mandarines
Peu gourmandes
Ell’ ne d’mande
Quand nous mangeons tous les deux
Qu’une banane c’est peu coûteux
Moi j’y en donne autant qu’elle veux
Mais tout passe
Et tout casse
En France je dus rentrer
J’avais l’coeur plein de tristesse
L’âme en peine
Ma p’tite reine
Était v’nue m’accompagner
Mais avant d’nous séparer
Je lui dis dans un baiser
Ne pleur’ pas si je te quitte
Petite Anna, petite Anna, p’tite Annamite
Tu m’as donné ta jeunesse
Ton amour et tes caresses
T’étais ma p’tite bourgeoise
Ma Tonkiki, ma Tonkiki, ma Tonkinoise
Dans mon cœur j’garderai toujours
Le souv’nir de nos amours.

Sources : http://jailamemoirequiflanche.blogspot.fr/2011/01/limaginaire-colonial-1.html
Alain Ruscio, « Les amours coloniales », dans le dossier consacré à L’Indochine au temps des Français, L’Histoire, octobre 1996, N°203, p. 38.
Isabelle Tracol-Huynh, « La prostitution au Tonkin colonial, entre races et genres », Genre, sexualité et société, (en ligne) n° 2, automne 2009.
http://www.herodote.net

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